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Raquel, de dentiste à coach d'hébreu : « Je ne voulais plus chanter comme une fan, je voulais ressentir »

Une foule immense, une énergie électrique, et au milieu, une Parisienne qui chante en phonétique des paroles qu'elle ne comprend pas. C'est à un concert d'Omer Adam, en Israël, que Raquel a compris ce qu'elle voulait faire de sa vie. « J'ai regardé autour de moi cette jeunesse, ces vibrations, et je me suis dit : mon but, c'est de revenir à ce concert et de tout comprendre. »

Une foule immense, une énergie électrique, et au milieu, une Parisienne qui chante en phonétique des paroles qu'elle ne comprend pas. C'est à un concert d'Omer Adam, en Israël, que Raquel a compris ce qu'elle voulait faire de sa vie. « J'ai regardé autour de moi cette jeunesse, ces vibrations, et je me suis dit : mon but, c'est de revenir à ce concert et de tout comprendre. »


Deux ans plus tard, Raquel n'est plus dentiste. Elle est devenue « mora » pour des centaines d'élèves francophones dans le monde entier, à travers une méthode d'hébreu de cinq minutes par jour sur WhatsApp, et une communauté Instagram, @moraqbeisrael, qui dépasse les 14 000 abonnés. Rencontre avec une femme qui a fait de la langue son lien avec Israël.

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Le 8 octobre, le déclic

Tout commence au lendemain du 7 octobre 2023. Raquel vit encore à Paris. « Je me rappelle comme si c'était hier : enfermée dans ma chambre, bloquée, impuissante, devant ces images qui défilaient en boucle. Moi qui n'allume jamais la télé. »

Elle s'est toujours sentie juive, toujours revendiquée sioniste — mais sans jamais en faire un combat. Ce jour-là, quelque chose bascule. « J'ai eu un sentiment d'appartenance très fort. J'avais envie d'en être, d'aider d'une manière ou d'une autre. Et je voyais bien que de Paris, je ne pouvais rien faire. »

Le moyen de connexion qu'elle se trouve, c'est la langue. Elle qui avait fait un peu de Talmud Torah à 12 ans et tout oublié depuis, décide de repartir de zéro. « J'ai eu envie de les comprendre, de les entendre, de me connecter par l'apprentissage de la langue. »

À la même période, elle s'implique dans les événements communautaires, monte une petite association avec ses copines, vend des colliers brodés « We will dance again » pour lever des fonds. Et partout, les chansons de cette période — Habaita en tête — la bouleversent. « Je vibrais en les écoutant, mais j'avais besoin de les ressentir vraiment. Je ne voulais plus les chanter comme une petite Parisienne fan. »

J'ai eu envie de les comprendre, de les entendre, de me connecter par l'apprentissage de la langue.

Apprendre entre deux patients

À l'époque, Raquel est encore dentiste en région parisienne, un métier qu'elle exerce depuis quinze ans, dans les pas de ses deux parents dentistes — sans jamais s'y sentir à 100 % à sa place.

Le 8 octobre, au cabinet, elle vit une autre forme de solitude. « Mes patients savaient que j'avais de la famille en Israël. Je n'ai pas eu un seul retour, pas un mot. J'aurais aimé un peu de solidarité, de chaleur. »

Alors elle se réfugie dans ses cahiers. « Dès que j'avais un trou entre deux patients, je sortais mon hébreu. Dans la voiture, je me lançais des cours. En attendant un patient, je me faisais mes petites phrases à l'écrit. C'est ce qui me donnait de la force dans cette période très dure. » Ce qu'elle demandera plus tard à ses élèves — trouver cinq minutes par jour, quoi qu'il arrive — elle l'a d'abord appliqué à elle-même, entre deux fauteuils.

Applications, oulpanim : ce qui marche (et ce qui bloque)

Avant de créer sa méthode, Raquel a tout testé : applications, oulpanim en ligne, cours structurés. Son verdict est nuancé — et commence par un préalable. « Il y a du bon dans toutes les solutions. Mais ce qui est indispensable, quelle que soit la méthode, c'est la motivation. Si l'envie ne vient pas de toi, aucune méthode ne marchera. Ni la mienne, ni aucune autre. »

Duolingo ? « Très sympa, très ludique » — mais il lui manquait le côté concret et structuré d'un vrai cours. Les cours en ligne plus poussés ? Bien faits, mais de plus en plus longs à mesure qu'on progresse, incompatibles avec une vie à 8 000 à l'heure. Les oulpanim en visio ? Sérieux, mais rigides : « Quand on te dit "c'est le mercredi 20 heures", une fois sur deux tu as un événement. Tu rates ta séance, tu ne revois rien jusqu'au mercredi suivant, et tu oublies ce que tu as appris. »

Elle pointe aussi un décalage de contenu : « Le vocabulaire des oulpanim, c'était parfois un peu à l'ancienne — des textes sur le kibboutz, l'agriculture. Moi, en sortant d'un cours, mon but c'était de mettre en pratique tout de suite les mots que j'avais appris. »

De toutes ces limites naît le cahier des charges de sa future méthode : quotidien, court, flexible, concret.

Cinq minutes par jour sur WhatsApp : la méthode

Le principe est d'une simplicité désarmante. Chaque matin, les élèves reçoivent une vidéo de cinq minutes, adossée à un support PDF que Raquel prépare et tourne elle-même. Le lendemain, cinq minutes encore : on fixe la notion de la veille par un exercice, avec une vidéo de correction. Des quiz hebdomadaires, du vocabulaire, des petits textes — et toujours une note de musique. « On retient beaucoup mieux avec les chansons. On a tous envie de chanter et de vibrer avec Israël. »

Le parcours est progressif. Niveau 1 : en trois mois, à raison de cinq minutes par jour, on apprend à lire et écrire. « Je sais, plein de gens me disent : moi ce qui m'intéresse c'est de parler. Mais tu ne construiras pas un immeuble sans fondations. Savoir lire le mot, ça vous change le quotidien — rien qu'au rayon frais du supermarché. » Niveau 2 : six mois pour se débrouiller au présent dans toutes les situations du quotidien — le restaurant, le médecin, le supermarché. Puis les niveaux avancés, où les thèmes collent à la vraie vie : comprendre le journal télévisé, suivre les devoirs de ses enfants scolarisés en Israël. Elle vient d'ouvrir sa dix-huitième classe.

Et la pression ? Aucune. « J'ai enlevé tout le stress de l'école. Ce que je veux transmettre, c'est le goût de l'école sans l'angoisse. » Les élèves mettent un pouce sur la vidéo pour signaler qu'elle est vue, envoient leurs devoirs corrigés, rattrapent quand ils veulent — tout reste accessible sur la boucle WhatsApp. « Je sais qu'il y a Michel, dans telle classe, qui prend son café tous les matins avec moi. » Ses élèves ont de 7 à 90 ans — « j'ai des grands-pères de 90 ans qui m'envoient leurs petits devoirs tous les jours » — et vivent partout : Israël, France, États-Unis, Canada, jusqu'à Tahiti.

On retient beaucoup mieux avec les chansons. On a tous envie de chanter et de vibrer avec Israël.

« Pas une communauté, une famille »

Sur Instagram, @moraqbeisrael raconte en parallèle son alyah, ses galères, ses découvertes. Mais Raquel refuse l'étiquette. « Je suis tout sauf une influenceuse. Il y a un an et quelques, je n'avais jamais fait une story. Je ne parle même pas de communauté : j'ai créé une genre de famille. »

Une famille qui l'a portée dans les moments de solitude du départ. « Quand je suis partie, j'ai lâché ma vraie famille, mes copines les plus proches. Et j'ai retrouvé une vraie famille sur Internet. » Les échanges vont bien au-delà de la langue : les écoles, les quartiers, les démarches, les doutes. Avec une ligne claire, qu'elle partage avec l'esprit Netiv : la sincérité. « On n'est pas là pour vendre du rêve. Je ne dis à personne que je vais le rendre bilingue en un mois. On partage le bon, le moins bon, les difficultés — mais avec le sourire, parce qu'il y a assez de mauvaises nouvelles au quotidien. »

Et son hébreu à elle ?

La question que tout le monde lui pose — est-elle vraiment bilingue ? — Raquel y répond sans détour. « Je te réponds tout de suite : non. Je me débrouille, je sais dire ce que j'ai à dire dans à peu près toutes les situations. Mais fluide ? Loin de là. Ils parlent encore très vite pour moi, et je switche encore beaucoup trop en anglais. Le jour où je serai bilingue, c'est le jour où je n'utiliserai plus l'anglais au quotidien. »

Et c'est peut-être là toute la force de sa démarche : ne pas attendre d'être parfaite pour se lancer. « Tu les vois en Israël, ces gens qui se lancent, qui parlent au poissonnier en connaissant dix fois moins que toi — et c'est eux qui ont raison. Les Israéliens sont touchés que tu fasses l'effort. Il faut être décomplexé et y aller. »

Les Israéliens sont touchés que tu fasses l'effort. Il faut être décomplexé et y aller.

Dans un an ?

L'ancienne dentiste ne regarde pas en arrière. « Je sors d'un cabinet où j'allais avec une petite boule au ventre. Aujourd'hui, j'ai le smile du matin au soir. Je travaille deux fois plus que quand j'étais dentiste — et j'adore. J'ai l'impression d'être à ma place. »

Ses ambitions pour l'année à venir tiennent en deux phrases, à mille lieues des discours de startup. « Un : que je sois toujours mora et que je ne sois pas retournée au cabinet. Deux : croiser des élèves à Tel Aviv, prendre un café ensemble, et arriver à faire de belles discussions tous ensemble, à la plage ou au resto. »

Quant à la langue, elle le dit elle-même : le chemin est infini. « Tous les jours, il y a une situation — le cordonnier, le garagiste — qui me donne un nouveau thème. Je peux continuer indéfiniment. » Tout commence par la volonté, aime-t-elle répéter. « La volonté, les gars, il n'y a que ça. Après, on y va — lentement, mais on y va, et on ne se met pas de barrières. »

Retrouvez Raquel sur Instagram : @moraqbeisrael.

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